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    Jean Chardavoine, le bruit des cordes sacrées

    ROSNY LADOUCEUR CREATED : 6 NOVEMBER 2019CULTURE

    Le guitariste Jean Chardavoine./Photo: Tommy Perez.

    Le guitariste Jean Chardavoine./Photo: Tommy Perez.Share to FacebookShare to TwitterShare to LinkedInShare to WhatsAppShare to MessengerShare to EmailShare to TelegramShare to More187

    Après « The tribute », imprégné de musiques traditionnelles et baigné de funk, Jean Chardavoine, installé à New-York début 70, signe un somptueux disque titré « Deep within », joyau sonore de neuf morceaux où, de « Theresa » à « Cul-de-sac » (1er et dernier titres), la guitare étincelante du natif d’Haïti revendique son leadership et imprime sa marque.

    Un bout d’homme au caractère d’acier, à la verve lumineuse, à l’inspiration intense. Un musicien de taille sur qui plane l’ombre de Wes Montgomery, une ancienne gloire du jazz à la reconnaissance planétaire. « Body talk », titre éponyme d’un album culte de George Benson, son idole vivante, l’a renversé et l’a aidé, au fil des ans, à bâtir sa carrière.

    Ouvrir le champ des possibles

    Jean Chardavoine, flanqué de son noble cortège d’instrumentistes pêchés dans la jungle new-yorkaise, gratifie un fabuleux disque aux sonorités alanguies et cristallines, à la rythmique syncopée, à la facture impeccable. Haïtien de sang, né d’un père à la fois saxophoniste et instituteur, virtuose de la guitare adopté par Brooklyn, Jean Chardavoine ouvre le champ des possibles et des horizons bouchés, défonce les frontières érigées par ceux qui avaient tracé le chemin. Il est arrivé à New-York à l’orée des années 70.

    Pour lui, comme pour beaucoup d’autres frères de son, New-York, capitale du jazz (témoignait-il lors de l'entretien avec Loop Haïti) et tremplin d’un bon vivier d’artistes venus de toutes les cultures musicales du monde, est l'un des passages obligés pour tous ceux qui veulent atteindre le sommet d’un jeu musclé. « Deep within » en est une preuve palpable et on l’a senti dès la première écoute. Un gratin de musiciens de haut vol, soudés et qui coupent tous les ponts au maniérisme et à la fantaisie, se retrouvent sur cet opus sorti il y a deux ans.

    Mathématicien de l’espace

    Jan Chardavoine a toujours un sourire plein de soleil à cacher derrière ses molaires, des conseils salutaires à prodiguer aux plus jeunes générations, tombées dans le piège du mainstream. Il est un calculateur ou, pour être moins audible, un mathématicien de l’espace dans le sens où il sait exactement qui trier et placer dans son orchestre, quand, où et pourquoi. Il assume l’écriture, les arrangements et la production.

    Il sait bien séparer le bon grain de l’ivraie. Jean Chardavoine convoque, sur cet album à la fonction respiratoire et à la facture irréprochable, une batterie d’accompagnateurs doués (environ une vingtaine dont le jeu a été bien épluché) comme ces batteurs à la frappe claire et souple, ces saxophonistes et trompettistes au souffle proche de Trane ou Pharoah, ces pianistes à la touche imparable, ce duo de bassistes au groove luxuriant. Et ces voix qui surfent mélodieusement sur des pistes inondées de scat. Et puis, il y a Jean Chardavoine, celui qui dirige la bande avec maestria.

    Une bataille pour le leadership

    Sur le premier disque (« The tribute »), la vedette lui semble avoir été volée : Dave Valentin, Jean Caze, Ginou Oriol, Felina Baker, Gary Fisher, Surgei Gurbelo… le laissaient gratter dans un coin. Mais sur « Deep within », il reprend ses droits et la guitare instrumentale revendique pleinement ici le leadership. Jean Chardavoine a ceci de coutume, qu’il plaque une nappe d’accords inouïs sur des lignes bien écrites, qu’il gratte des mélodies cotonneuses, peintes de couleurs brésiliennes  [« Theresa », morceau plein de chaleurs bossa et qui ouvre le bal], de fusion, de swing, de rock. Quelque chose de Wes Montgomery craque sous le doigt précis de Jean, auteur d’un beau coffret traversé par des solos d’une rare fluidité, par le scat (1, 2, 7) et une onde de notes effervescentes.

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    Wanted ! On recherche un grand guitariste : Jean Chardavoine

    Culture -

    Rassurez-vous, il n’a commis aucun délit, aucun crime de droit commun : c’est une plaisanterie de notre part. « it’s just a joke » !

    S’il y a meurtre, c’est celui de la facilité et des sentiers battus. Car Jean Chardavoine ne fait pas dans le prévisible, la routine et la dentelle. C’est un musicien complet : grand guitariste, arrangeur et compositeur. Ce fils d’Haïtiens émigrés, élevé dans la diaspora, a fait de solides études musicales ; c’est une fierté pour Haïti que ce grand musicien. Le jazz et ses métissages sont le champ d’élection de cet artiste.

    Jean Chardavoine, pour autant que nous nous en souvenions, a rendu hommage à ses racines haïtiennes dans une ou deux de ses albums précédents. Cette fois, l’arrangeur-compositeur explore des pistes plus célèbres et fréquentées, plus courues par la communauté américaine et internationale de jazz contemporain. Ce sont les voies accessibles et tout public du jazz-fusion « binaire » avec un goût prononcé pour la samba-jazz, expérience réussie et renommée dès les années 60 au XXe siècle, et le « funk » ou « funky » à tendance latine. Nous osons mentionner le funk et nous insistons, même sans la fameuse basse qui claque, qui « slappe ». On sent certainement son influence rythmique, particulièrement par la frappe du batteur, dans deux ou trois compositions. Samba et « Funk » se sont influencés réciproquement, si on se rappelle la carrière d’une Tania Maria Correa Reis aux États-Unis et de la grande Eliane Elias. Quelque chose en est resté.

    Le compositeur aime également le moule de la contredanse haïtienne (méringue- contredanse dite « mayoyo ») que l’on sent confusément suggérée, mélangée aux tendances latine et funky ; sans toutefois occuper le premier plan de la perception rythmique et auditive.

    Par contre, « Ode to Arco », 6/8 et huitième morceau figurant sur le CD est un beau et franc « Yanvalou » bien de chez nous (d’autres diraient mayi ou djouba, rythmes proches). La tradition rythmique américaine du jazz « ternaire » et «swing » à 4/4 est honorée dans le dernier thème « Cul-de-sac ».

    Du point de vue mélodique, les compositions ou thèmes ne se laissent pas cerner facilement par leurs contours. Ceux-ci ne répondent pas toujours aux grilles traditionnelles de lecture du jazz, comme celles de la forme « blues » ou de la forme « song » consacrées. Les morceaux comprennent des introductions typées et soignées, véritables ouvertures qui les coiffent avant l’entrée du thème principal proprement dit. Les phrases du canevas proposé sont souvent longues, à vous perdre, à vous égarer, si vous n’y prenez garde. D’une manière générale, il y a une première section A, plus souvent complexe que simple, parfois comprenant des strates ou couches surprenantes. Il y a un pont ou « Bridge » B, très personnalisé, très en relief et structuré. Pour finir, il y a reprise totale ou partielle de A.

    De belles improvisations de guitare, de piano, de saxophone, de trompette, de contrebasse et d’harmonica développent par leurs commentaires des idées puissantes contenues potentiellement dans les thèmes ou canevas et leurs harmonies.

    Les harmonies aux tensions modérées ou fortes sont, en tout cas, modernes, très excitantes, très cohérentes et agréables. Elles sont source de couleurs, à côté de l’instrumentation.

    L’instrumentation est déployée dans des formules, allant du sextette au combo à dix instruments. En général, le septette ou l’octette suffisent aux compositions du musicien, qui déploie sa science et son habileté d’arrangeur-compositeur talentueux.

    CREDITS:

    Guitare électrique et classique (Jean Chardavoine) ; batterie (Kim Plainfield et Phoenix Rivera) ; basse acoustique ou contrebasse (Michael O’Brian et Kenneth Jimenez) ; trompette (Chris Rogers et Pacha Karchevsky-Suyazov) ; sax ténor (Peter Brainin, Azat Bayazitov, Felipe Lamoglia) ; sax soprano (Peter Brainin, Felipe Lamoglia) ; piano (Steve Sandberg, Mike Orta, Misha tsiganov) ; harmonica (Hendrik Meurkens) ; pads (Yayoi Lina Ikawa) ; synthéthiseur (Frédérique Lasfargers) ; percussions (Emedin Rivera, Daniel Pena, Renato Thomas) ; congas (Eddie Germain) ; vocals-scat (Brandley Midouin, Karen Bernod) ; violon et viola (Caroline Buse) ; violocelle (Megan Martier).

    PRESENTATION

    Huit morceaux élaborés superbement figurent sur ce CD. Leur structure intime est complexe, difficile à résumer par des croquis d’analyse acoustique. Nous regrettons de ne pouvoir faire d’exégèse selon des partitions comme les musicologues (nous ne sommes pas musicologue d’ailleurs). Contentons-nous de les citer.

    1-Théresa

    Une samba-jazz irrésistible, dans la droite continuité des années 60, avec quelque chose de très tonique en plus. « Intro » en majeur, au sax, très remarquable. Thème en mineur dans la première partie. Pont très simple, peu bavard en majeur. Chorus : guitare et trompette.

    2-« Deep Within »

    Titre éponyme du disque. Le rythme ressemble à un mélange de « latin » (samba ?) et de « funky ». Un thème composé dans sa première partie par un motif de trois notes, ressemblant à une bribe d’arpège, progressant en zig-zag, en ligne brisée, par ascension et descente. A contient quatre strates, quatre phrases, légèrement différentes les unes des autres, à un ou deux détails d’intervalles : a, a’, a’’, a’’’ (lire a, a prime, a seconde, a tierce comme en géométrie). Un très beau pont B impressionnant. Reprise partielle de grand A (au moins deux phrases).

    3-« Yum-Yum)

    Nous semble de la même veine que le morceau précédent. C’est peut-être l’un des thèmes les plus complexes : AABAB. Exposition tendre au saxophone soprano. Chorus : sax soprano, contrebasse, guitare électrique.

    4-« Forgotten dreams »

    Funky. Funk-jazz à la George Benson, du temps de l’album « Breezing ». En majeur, avec la belle présence de l’harmonica, à l’exposition et en solo.

    5- « Happy to be nappy » ou « Fier d’avoir les cheveux crépus »

    La pièce de résistance du compositeur. Très composée et arrangée. Très soignée. « Intro » très méditative, pausée, de type « classique » et « ad lib », tendre, entre la guitare électrique, le violon, le viola, le violoncelle. Puis, vient la samba entraînante.

    6-« Karamell »

    Ambiance ressemblant à la précédente. Bons solos de guitare et du piano de Steve Sandberg.

    7-« Astrida »

    Tendrement introduite par une guitare électrique libre et récitante ; presque avec un lyrisme de ballade. Le rythme s’avère être ensuite celui, irrésistible, d’une espèce de samba-funky avec la figure typée, obsédante de la basse, invitant à la danse. On aime Karen Bernod et ses onomatopées aux « vocals » doublant la mélodie.

    8-« Ode to Arco »

    Un 6/8 et « Yanvalou » bien de chez nous. Avec les vents en relief, le solo du pianiste et celui de Felipe Lamoglia au sax ténor.

    9-« Cul-de-sac »

    Quand on retrouve et honore la tradition du jazz « ternaire » et « swinguant » en 4/4, à tempo modérément rapide. Pour faire plaisir aux conservateurs.

    Réserves

    On aurait voulu entendre une ou deux ballades vraies sur cet album, pour changer de climat.

    Appréciations

    Un grand album ou CD, aux thèmes imposants, parfois complexes. C’est bien arrangé, bien développé, mais toujours dansant. « Bailable ! », comme on dit en espagnol.

    Wanted : On recherche un grand et dangereux guitariste : Jean Chardavoine. Étourdissant ! Époustouflant !

    Link:

    http://www.lenouvelliste.com/article/185555/wanted-on-recherche-un-grand-guitariste-jean-chardavoine

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    “Deep within” de Chardavoine : jazz effusion

    « Deep Within » de Chardavoine : Jazz effusion
    Par Wilson Décembre
    Il n’est pas peu réjouissant de constater que le nom de Jean Chardavoine devient de plus en plus familier à un public haïtien qui se soucie de la qualité de la musique qu’il consomme. On ne peut que s’en réjouir, disons-nous, car ce guitariste est l’un des plus dignes ambassadeurs de la créativité musicale haïtienne dans la jazzosphère.
    En lisant ces lignes, il y en a parmi vous qui, peut-être, avec un sourire ou un hochement de tête approbateur, pensent à sa première et unique participation au Festival International de Jazz de Port-au-Prince, lors de la 9ème édition de cet événement majeur, en 2015. Le guitariste en parle encore. A la faveur d’occasions diverses, c’est avec enthousiasme qu’il évoque cette expérience cruciale dans sa carrière : l’accueil-soleil que lui a gratifié ce public de jeunes Haïtiens qui, spontanément, ont généré une situation d’interaction artiste/public qu’il ne se rappelle pas avoir déjà connue avant dans sa carrière. Son nouveau disque en témoigne éloquemment.
    Antécédents
    Mais savez-vous que ce guitariste de jazz haïtien, qui a grandi à New York, est incontestablement l’un des musiciens haïtiens dont la musique est la plus diffusée par les radios profilées jazz à New York ? Cette popularité auprès des auditeurs jazzophiles américains n’est pas le fruit du hasard ou l’effet d’on ne sait quel « bain de chance » mystique qui aurait été administré au musicien dès son enfance. C’est le salaire naturel du talent. En 2003, l’artiste avait enregistré l’album Fifth Season qui a enchanté les amoureux du smooth jazz au point que l’album a atteint la 3ème place dans les hit-parades du genre en Angleterre. Vous en conviendrez : il n’est pas donné à n’importe quel quidam du monde musical d’ajouter une saison aux quatre célébrées par Vivaldi. Depuis lors, Jean Chardavoine est une star familière notamment aux auditeurs du 101.9 FM, La Fréquence du smooth jazz pour toute la région newyorkaise.
    Fort de ce succès qui lui assure de nouveaux contacts sur la scène jazz de la Grosse Pomme, en 2009 et en 2010, le guitariste produit « Haitian Jazz on Broadway », un festival qui, en plein Manhattan, réunit, à côté de musiciens haïtiens d’une importance considérable, des créateurs étrangers de renom ; parmi lesquels le flûtiste virtuose de renommée internationale, feu Dave Valentin, qui a collaboré avec Chardavoine sur son premier album ainsi que le suivant : The Tribute.
    Comme son nom l’indique, ce disque sorti en 2010 est un album-hommage aux victimes du séisme qui a frappé le pays d’Haïti en janvier de la même année. Avec des collaborateurs tant étrangers qu’haïtiens (Jean Caze, Sergo Décius, Ginou Oriol…), le guitariste fabrique un collier fait de perles prélevées directement dans le répertoire créole (« Latibonit », « Mèsi Bondye », « Yoyo », « Lavi mizisyen ») entre lesquelles il enfile de fines pierres provenant de prestigieux créateurs états-uniens : la reprise du funky-samba « Bird of beauty » de Stevie Wonder est l’un des moments les plus lumineux de ce disque. C’était encore le deuil. Nous pleurions encore nos morts. Pourtant, l’artiste haïtien offrit à son peuple un disque émouvant qui, dans l’esprit d’une veillée haïtienne à la traditionnelle, conjure la mièvrerie et la pleurnicherie. Le disque « groove », chante et danse. The Tribute est un disque qui célèbre la vitalité de l’homme haïtien.
    Deep Within
    Fraîchement sorti cette année, Deep within ne fait pas non plus dans la mélancolie morbide. Si, reflétant le signifié du titre, le nouveau disque de Chardavoine semble habité de temps en temps par une humeur méditative, l’esprit général de ce disque, au concept relativement éloigné du smooth jazz, est plutôt solaire. La musique est souriante. Elle jouit d'un bonheur qui se répand, se communique généreusement de la première à la dernière note. C’est un disque sereinement joyeux dont les schémas rythmiques adoptés invitent à une sorte de danse qui se déploie intérieurement d’abord pour s’extérioriser avec le moins de superficialité possible. Une danse qui vient du plus profond de l’âme. Deep within.
    Dans ce disque, dont la qualité d’élaboration n’aurait pas beaucoup de mal à gagner 4 étoiles dans une échelle de 1 à 5, le guitariste haïtiano-américain dit développer le côté compositeur (« the composer side ») de son aventure créatrice. En effet, Deep within ne comporte que des compositions et arrangements signés Jean Chardavoine.
    1- « Theresa », le morceau qui ouvre le disque (en souvenir d’une jeune fille que l’artiste a rencontrée à Port-au-Prince), est une samba fort élégante. Le thème joué à la guitare est scaté. Beaux solos du leader et de son trompettiste, Chris Rogers.
    2- « Deep within », le titre éponyme du disque, est un thème qui mélange scat et paroles. Le scat produit par Branley Midouin, comme dans « Theresa », est feutré, voire minimaliste ; un peu dans le genre de ce que Toninho Horta, le guitariste brésilien, a l’habitude de faire.
    3- « Yum Yum », introduit par Chardavoine à la guitare classique, relayé par le saxophone soprano très inspiré de Peter Brainin, est le titre le plus long du disque qui, fort heureusement, n’en est pas moins appétissant. Promesse tenue.
    4- « Forgotten dreams » laisse deviner quelques réminiscences de la fastueuse période « smooth » du compositeur. La présence heureuse de l’harmonica et du clavier Fender Rhodes est à saluer. L’esprit de Stevie Wonder plane un tout petit peu sur ce morceau.
    5- « Happy to be nappy » est l’un des titres les plus remarquables du disque. Servi dès l’entrée par des « cordes » (violon, alto, violoncelle) ravies de prendre part à la danse, ce morceau joué sur un partido alto (une structure rythmique brésilienne, variante de la samba) constitue un hommage aux Afro-descendants et (surtout) Afro-descendantes fiers de leurs cheveux crépus (nappy). Une véritable fête négro-africaine.
    6- « Karamell » est légèrement latin, rythmiquement. Grande présence en solo du guitariste.
    7- Dans « Astrida » le chant-scat résolument expressif de Karen Bernod apporte une couleur féminine qui manquait au disque jusqu’ici. On sent que Chardavoine met beaucoup de cœur dans son solo. Quand l’inspiration porte un nom de femme… ! Il est important de signaler que tout cela se passe sur la base d’une subtile cohabitation rythmique entre le kadans-ranpa de Wébert Sicot et le kongo. Pour danser intelligent.
    8- « Ode to Arco » est un très beau thème. Sur un rythme (exécuté sans tambour) aux accents très prononcés que tout Haïtien digne de ce nom n’aura aucun mal à identifier comme étant le mayi du vodou haïtien, on saluera l’imposante présence au saxophone ténor de Felipe Lamoglia qui, on se le rappelle, a déjà collaboré avec Réginald Policard et Mushy Widmaier.
    9- Dans « Cul de sac ». Ça swingue dur. On est en plein jazz-mainstream. Où, pour parler comme le compositeur lui-même, c’est un « straight ahead piece » ; traduisez : un morceau complètement dépourvu d’ingrédients appartenant au jazz fusion ou au smooth jazz. Un challenge réussi.
    L’album tout entier constitue un challenge réussi. Le jeu du guitariste est étincelant pratiquement dans tous les morceaux. Avec ce disque, Jean Chardavoine confirme qu’il est l’un des musiciens haïtiens les plus importants de notre temps. En dépit de légères déviations électroniques, Deep within est essentiellement un album acoustique. Oui, mais c’est pour de sérieuses raisons. Dédié au batteur Kim Plainfield disparu peu après les sessions studio, l’album est fait d’une musique qui exhale des parfums d’humanité et de tendresse que seul l’acoustique peut rendre avec un tant soit peu de fidélité. C’est pour cette raison que si la polychromie rythmique pourrait faire penser à une démarche multiculturaliste qu’a consacrée le jazz fusion, pour cerner l’esprit de ce disque, il est plus légitime de parler ici de jazz effusion.
    Wilson Décembre
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    « The tribute » : une quête du beau

    Dans le ciel étoilé d’un Stevie Wonder, as de la soul, d’un Michael Jackson, roi de la pop, Jean Chardavoine cueille de belles mélodies, gratifie un jazz rehaussé d’accords subtiles et ductiles. « The tribute », disque sorti en 2010, est une quête du beau.

    Yeux fixés sur de grands compositeurs de la chanson traditionnelle haïtienne, il construit son œuvre sur ce qui fonde l’essence même du jazz, qu’il soit fusion, brassage, dialogue ou risque : la liberté.

    Bout d’homme, humeur joyeuse aux heures de performance, rimant fluidité et sensibilité, Jean Chardavoine campe, dans « The tribute », un univers recherché où il ajoute un zeste de couleurs « kreyol », un univers où le guitariste poursuit, comme ses pairs trempés dans l’ambiance jazzy new-yorkaise, cette quête de remaniement des thèmes chers à notre musique folklorique.
    Il explore toutes les possibilités. Il se livre au jeu d’équipe, au plaisir d’inventer, au bonheur d’altérer et d’opérer de légers détours. Au menu : kreyol jazz. Au programme : groove, nuances, solo de haute volée, interaction.

    Facture de l’opus et orchestration

    Sur ce disque nappé de scat (« Latibonit » : premier morceau), on note sept morceaux. Sept titres cuisinés à la sauce rythmique locale. Après « Dave’s interlude », dédié aux victimes du tremblement de terre de 2010, s’ensuivent « Bird of beauty », « Yoyo », « I can’t help it » et « Lavi mizisyen ». Sur l’opus, on se sent chez nous. En Haïti. A cette belle fête sonore où le leader convoque, sur les manches de sa guitare, « haitian traditionnal », jazz fusion, funk. Chardavoine sollicite l’appui d’une pléiade de musiciens attachés aux habitudes occidentales, quoique d’horizons divers.

    Chardavoine est honoré de la présence du flutiste américain Dave Valentin, du trompettiste de souche haïtienne Jean Caze, de Felina Backer et de Ginou Oriol pour avoir promené leur voix sur « Mèsi Bondye » (Frantz Casséus) et sur « Yoyo » (traditionnel haïtien). Il y a des morceaux qui suscitent l’admiration : « Bird of beauty. On repère la virtuosité, intense et sauvage, du pianiste Gary Fisher.

    « Yoyo » : un chant traditionnel parfumé de blues. Un saxophoniste au souffle inventif se signale par son jeu. Il s’appelle Yaacov.

    « Lavi mizisyen ». C’est un clin d’œil à la musique populaire dansante, à un classique du « konpa dirèk ». Dans une version jazzifiée et fièrement coloriée. Entre Jean Caze et Surgei Gurbelo, c’est une complicité troublante, harmonieuse et forte qui s’installe. Le pianiste Gary Fisher, comme Chardavoine et le bassiste, s’en mêlent avec des solos de longue durée et très prenants, pour toucher à la perfection d’une musique déployée avec délicatesse, esprit et émotion !

    Sergo Decius et Fanfan (aux congas), Thierry Arpino (à la batterie), Dave Anderson (à la basse), Surgei Gurbelo (au saxophone soprano et à l’harmonica), Philippe Pierre et Wilkerson Theodore (à la voix), Ismael Bruno (aux bongos) : Ces musiciens, carrière accomplie pour la grande majorité, se frottent avec des artistes du monde entier et multiplient leurs concerts dans quelques-uns des meilleurs clubs de jazz de New-York.

    Ils sont invités à séduire et à laisser l’auditeur conquis, choyé et pantois. « The tribute » mériterait une écoute attentive, répétée pour en déceler amplement les courbes, les styles, les influences et les tendances.

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    Si l’Alice de la légende a visité le pays des Merveilles

    Le ‘’Wonderland’’ comme on dit en anglais, nous autres nous avons fait l’expérience très heureuse cette année d’un ‘’Wonderjazzland’’, pour ces deux premières soirées de la 9e édition du PAP jazz. Nous ajoutons évidemment un bémol à notre enthousiame ; en effet, en dehors du groupe mexicain ‘’Troker’’ qui n’a pas comblé nos attentes d’adulte, nous n’avons pas trop eu à nous plaindre de la programmation.

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    PAPJAZZ 2015

    Chardavoine “Du jazz Funk avec une touche créole”
    Cette année, le Festival est fier de pouvoir présenter pour la premiere fois en Haiti ce talent...ueux guitariste haïtien basé à New York. Le style musical de Chardavoine est un mélange original que l'on pourrait sans doute définir comme du jazz funk s’inspirant parfois de la musique traditionnelle haitienne. Ses influences sont multiples, ce qui lui permet de faire une synthèse de nombreux styles, grâce à des arrangements hors-pairs servis par une guitare virevoltante et une virtuosité sans faille. Chadavoine a travaillé sur ses 2 albums avec le flutiste Dave Valentin, detenteur d’un grammy award pour le meilleur album de latin jazz en 2003 et à plusieurs reprises, il a partagé la scene avec Tito Puente junior.

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