« The tribute » : une quête du beau

Dans le ciel étoilé d’un Stevie Wonder, as de la soul, d’un Michael Jackson, roi de la pop, Jean Chardavoine cueille de belles mélodies, gratifie un jazz rehaussé d’accords subtiles et ductiles. « The tribute », disque sorti en 2010, est une quête du beau.

Yeux fixés sur de grands compositeurs de la chanson traditionnelle haïtienne, il construit son œuvre sur ce qui fonde l’essence même du jazz, qu’il soit fusion, brassage, dialogue ou risque : la liberté.

Bout d’homme, humeur joyeuse aux heures de performance, rimant fluidité et sensibilité, Jean Chardavoine campe, dans « The tribute », un univers recherché où il ajoute un zeste de couleurs « kreyol », un univers où le guitariste poursuit, comme ses pairs trempés dans l’ambiance jazzy new-yorkaise, cette quête de remaniement des thèmes chers à notre musique folklorique.
Il explore toutes les possibilités. Il se livre au jeu d’équipe, au plaisir d’inventer, au bonheur d’altérer et d’opérer de légers détours. Au menu : kreyol jazz. Au programme : groove, nuances, solo de haute volée, interaction.

Facture de l’opus et orchestration

Sur ce disque nappé de scat (« Latibonit » : premier morceau), on note sept morceaux. Sept titres cuisinés à la sauce rythmique locale. Après « Dave’s interlude », dédié aux victimes du tremblement de terre de 2010, s’ensuivent « Bird of beauty », « Yoyo », « I can’t help it » et « Lavi mizisyen ». Sur l’opus, on se sent chez nous. En Haïti. A cette belle fête sonore où le leader convoque, sur les manches de sa guitare, « haitian traditionnal », jazz fusion, funk. Chardavoine sollicite l’appui d’une pléiade de musiciens attachés aux habitudes occidentales, quoique d’horizons divers.

Chardavoine est honoré de la présence du flutiste américain Dave Valentin, du trompettiste de souche haïtienne Jean Caze, de Felina Backer et de Ginou Oriol pour avoir promené leur voix sur « Mèsi Bondye » (Frantz Casséus) et sur « Yoyo » (traditionnel haïtien). Il y a des morceaux qui suscitent l’admiration : « Bird of beauty. On repère la virtuosité, intense et sauvage, du pianiste Gary Fisher.

« Yoyo » : un chant traditionnel parfumé de blues. Un saxophoniste au souffle inventif se signale par son jeu. Il s’appelle Yaacov.

« Lavi mizisyen ». C’est un clin d’œil à la musique populaire dansante, à un classique du « konpa dirèk ». Dans une version jazzifiée et fièrement coloriée. Entre Jean Caze et Surgei Gurbelo, c’est une complicité troublante, harmonieuse et forte qui s’installe. Le pianiste Gary Fisher, comme Chardavoine et le bassiste, s’en mêlent avec des solos de longue durée et très prenants, pour toucher à la perfection d’une musique déployée avec délicatesse, esprit et émotion !

Sergo Decius et Fanfan (aux congas), Thierry Arpino (à la batterie), Dave Anderson (à la basse), Surgei Gurbelo (au saxophone soprano et à l’harmonica), Philippe Pierre et Wilkerson Theodore (à la voix), Ismael Bruno (aux bongos) : Ces musiciens, carrière accomplie pour la grande majorité, se frottent avec des artistes du monde entier et multiplient leurs concerts dans quelques-uns des meilleurs clubs de jazz de New-York.

Ils sont invités à séduire et à laisser l’auditeur conquis, choyé et pantois. « The tribute » mériterait une écoute attentive, répétée pour en déceler amplement les courbes, les styles, les influences et les tendances.